mercredi 9 mars 2016

Souvenir de l'ailleursonges

Par delà les rêves, à la limite de l'ailleursonges,
Sur un muret de vieilles pierres dressé là,
Au milieu de rien, se tenait perché, flamboyant,
Presque aveuglant, un Phoenix des Songes.

Sans ouvrir le bec, immobile, il me demanda :
"Belle de nuit, que t'importe cette frontière ?
Le rêve ne te suffit-il donc plus pour que tu sois
Si dangereusement loin de l'éclosion des paupières ?"

Sa lumière s’intensifia, éclairant tout autour de lui,
Comme les secrets d'un bureau à la flamme d'une bougie.
Autour du muret, se dévoilait une plaine perlée d'eau de pluie
Qui me rappelait la campagne Anglaise et sa poésie.

J'avais mille réponses possibles à lui donner,
Mais pour chacune d'elles j'avais la sagesse
D'une solution,une sorte de logique appliquée
Permettant de ne pas succomber à la détresse.

Je répondais donc un banal "Je ne sais pas..."
Soupirant de toute mon âme pour extraire
Quelques points de suspensions maladroits.
Ces mots envolés, je ne voulais plus que me taire.

Il déploya l'une de ses ailes m'invitant à y loger
Et c'est sans faire de façon que je me recroquevillais
Dans la chaleur douce de ce duvet pourtant enflammé.
J'avais la douleur aux tripes et je frissonnais.

"Qu'est-ce que tu ne digères pas ?
- J'ai mangé un cauchemar.
- Pourquoi ne pas le vomir ?
- J'ai besoin qu'il me traverse."

Je sentais les plumes de l'oiseau se soulever
A chacune de ses inspirations, son coeur battre,
Et comme un enfant triste, je laissais couler
Mes larmes sans vouloir les combattre.

" Qu'est-ce que tu attends ici ?
- Je suis le gardien de l'ailleursonges.
- Tu es bien seul...
- En paix, on ne l'est jamais."

Il m'expliqua qu'en lui il y avait un jardin
Avec mille et unes sources et fontaines,
Et des êtres joyeux dînant de festins
Composés de Gratitude et de graines.

Il baignait la nuit dans ces eaux puis s'en allait
Frôler de ses plumes, le soleil à son lever,
Saupoudrant sur les champs et forêts
Des étincelles de joie, de sérénité.

Il me dit qu'en lui les étoiles sont nos sourires,
Dans notre monde de chair, de sang et d'os,
Qu'aucune d'entre elles ne peuvent mourir
Tant que vivra la Reine Ophioglosse.

Cette Dame Sans Couture à la fière allure
Lui avait poussé au coeur un jour de pluie,
Léchant de sa langue de serpent la blessure
Né du drame qu'un jour il douta de lui.

Elle lui murmura qu'elle serait toujours là,
Petite voie protectrice des jours tristes
Qu'elle illuminerai son ciel de nos joies
Car le bonheur, ici ou ailleurs, c'est d'être altruiste.

Sa voix s'éteignit laissant place à un râle :
C'était moi, qui souffrait du cauchemar,
Lequel se contorsionnait, ruait, infernal.
"Il va mourir de soif, laisse-le boire..."

Face à mon silence, il reprit, tout bas :
"Un cauchemar n'est pas un ennemi,
Il n'a absolument rien contre toi...
Pas plus qu'un rêve n'est un ami.

Il t'aide à poursuivre ta belle existence,
Te montrant quoi améliorer, où te diriger.
Il n'est qu'une ombre dans ton expérience,
Qui donne du relief à ton passé.

Plutôt que de taire son message, par peur,
Pourquoi n'écoutes-tu pas ce qu'il a te dire ?
Il ne parle certes pas ton langage, mais ton coeur,
Lui, saura clairement le traduire..."

Proposant une trêve à mon prisonnier,
Qui accepta en cessant de s'agiter,
Je me dégageais de sous mon hôte ailé.
Expirant, je laissais une fumée s'échapper.

La bouche vide - autant que le 💖 -
Je contemplais à contre 💖 un souvenir :
Beau et cruel, fait d'amour et de rend-💖.
"Ton 💖, demande à ton 💖 de traduire..."

Le souvenir s'agita, tendant vers moi ses griffes,
Qui me firent l'effrayant effet de l'âme de rasoir.
Mais... l'oiseau n'avait-il pas dit
"Il va mourir de soif, laisse-le boire..." ?

Subitement, tout prenait un sens.
Cette ombre avait soif de lumière !
"Viens-tu vers moi comme je le pense,
Chaque nuit, pour rejoindre mes rivières ?

Suis-je moi aussi comme ce gardien de feu,
Habitée par la beauté d'un onirique univers
Où coulent des eaux purs, où des êtres fabuleux,
Ivres de joie, à l'Abondance lèvent leur verre ?"

Le cauchemar sourit, ouvrant sa gueule noire.
"Tu te réveilles toujours quand je veux parler,
Tu fuis sans cesse parce que je suis un miroir
Trop imparfait qui t'as souvent fait pleurer...

Pourtant, il me faut boire à ton eau de sagesse,
Baiser la surface, y laisser un peu de moi...
En y buvant, je peux tout te dire, chère poétesse,
Et ainsi t'aider dans tes choix.

Tu as tant à apprendre encore, ici ou au-delà,
Je ne suis pas ton ennemi, non, je ne suis...
Qu'un Regret duquel tu ne te défais pas
Parce que tu voudrais que rien ne soit fini.

Mais saches, Belle de nuit, que gagner l'ailleursonges
Ou écorcher les cauchemars n'apaisera jamais
Et la torture du regret et la douleur du songe.
Rêver fait autant mal que vivre, tu sais..."

Tandis qu'il parlait, j'ouvrais la porte de mon âme,
Découvrant les merveilles qui l'habitait,
Et dans un soupir, je l'invitais à pénétrer cette âme
Pour lui permettre de me dire ce qu'il savait.

Lorsqu'il posa ses lèvres sur l'eau limpide,
Je tombais sous l'énergie d'un choc terrible,
Me sentant inexplicablement triste et languide.
"Je ne suis qu'un Regret,cela me rend pénible".

L'oiseau de feu replia ses ailes sur lui-même.
"Maintenant il vit en toi, dans ta part d'ombre.
Il voulait tout simplement te dire qu'il t'aime,
Comme avant, bien avant les jours sombres...

Te dire que vos partages ont changés ta vie,
Que d'autres êtres le feront encore et encore,
Jusqu'à ce que tu rejoignes l'ailleursonges, ici,
Juste sous mon aile, là où tu pleurais alors.

Mais il n'est pas l'heure..."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire