mercredi 16 septembre 2015

L'élégance de la souffrance

Mademoiselle de Givre sur son lit, allongée,
Contemplait l'aube par la fenêtre ovale
De sa chambre, écoutant dehors les oiseaux chanter.
Dieu peignait l'horizon en vert et bleu pâle.

Flottait dans ses pensées une douce quiétude,
L'absence de questions, la paix intérieure
Qu'alimentait cette si sublime certitude
D'exister pour nourrir la légende du bonheur.

Par la fenêtre entrebâillée, un Souffle messager
S’immisça et vint déposer sur les draps rabattus,
Près de sa main, une petite enveloppe cachetée.
Elle contenait le pernicieux insecte de l'Amour Déçu.

Sans crier gare, dans la beauté du petit matin,
Entre ces quatre murs aux meubles patinés,
Mademoiselle de Givre fut victime d'un venin
Injecté à même le coeur via un dard fort aiguisé.

Si ce n'était le miroir de son âme tourné vers l'inconnu
Rien n'avait changé ; elle était toujours aussi magnifique,
Allongée là, chevelure en cascade, épaule nue.
Sa respiration faussement sereine soufflait le tragique.

Une si petite piqûre... Trois fois rien, mille fois trop.
Lentement le poison l'envahissait, infectant son sang,
La brûlure du dard devenait lame de couteau,
Et tournait, fouillait, torturait ce coeur aimant.

Une larme orpheline hurla, demandant pourquoi ?
Mais tous restèrent silencieux. Le messager,
L'insecte, Dieu. Tous ignorèrent la belle aux abois
Et des heures, des jours durant, on l'entendit souffreter.

Mais une nuit, Mademoiselle de Givre enfin se tut, vidée.
Éclairée par la magie multicolore d'une aurore boréale,
Elle se leva, alla contempler son visage et se dit : "C'est assez !"
Deux simples mots qui mirent fin à une éternité de râles.

Certes l'insecte et le messager trouvèrent ainsi la mort
Mais là n'est pas le drame de notre histoire...
Car Mademoiselle de Givre, exsangue, vivait encore...
Toutefois sans plus de coeur et donc sans espoir.

Alors sur ses plaies glacées elle appliqua un rayon de lune,
En lieu et place de feu son coeur, déposa le cachet de cire,
Et son esprit ravagé par cette maladie si commune
Nommée "Douleur d'Aimer", mit aux fers les souvenirs.

Depuis lors, l'on a froid quand viennent ces maux
Car Mademoiselle de Givre, du baume de lune
Plein les mains, s'en vient nous panser l’ego
En murmurant inlassablement : "N'ayez nulle rancune."

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